« CHEGUE CHANCE ELOKO PAMBA! »

FER

SOUS UNE CHALEUR IMPLACABLE QUI DONNERAIT DES TOURNIS A UN CHAMEAU, SE DÉTONNE AVEC UN REFRAIN REDONDANT « MAYI, MAYI, MAYI YA MALILI MAYI! », AUX ROND-POINTS ET CARREFOURS HÉTÉROCLITES, OU TOUTES LES COUCHES SOCIALES DE LA POPULATION DE CETTE VILLE SE MÉLANGENT TELLE UNE BOUILLABAISSE MARSEILLAISE.
DE L’AUTRE COTE DES RUES, LES GRANDES ENCEINTES SONORES DES EGLISES ET BARS RENVOIENT UN MIXAGE DIGNE DE SOUND SYSTÈME DES FRONTIÈRES DE LA MORT, LE « YESU AZALI AWA » ET LE « YA MADO ».
LE « AU NOM DE JESUS » LIVRE BATAILLE SANS COMPLEXE AU « MWANA NA TIKAKI MOKE SIMA EKOLI »
UNE CACOPHONIE SONORE MONDAINE ET RELIGIEUSE QUI SE TÉMOIGNE PAR LES PAS DE DANSE QU’ESQUISSENT CES ENFANTS QUI NE RÊVENT PLUS DE RIEN, A PART QUE MANGER EN CE JOUR.
NOUS SOMMES AU PAYS DE GRANDS PRÊTRES, DE HONORABLES, DE PRÉSIDENTS, DE TOUS LES SUPERLATIFS POSSIBLES POUR DIFFÉRENCIER LES AUTRES DES UNS.
UN PAYS OU LES HÉROS VRAIS SONT TRAITES EN ZÉROS, ET LES NÉANTS SONT DEVENU CEUX LA QUI FONT RÊVER CETTE JEUNESSE SACRIFIÉE DEPUIS DÉJÀ 3 GÉNÉRATIONS.
IL SUFFIT DE TOURNER LA TETE AU CIEL POUR PERDRE SON TÉLÉPHONE L’INSTANT DU CLIGNOTEMENT DES YEUX.
ILS APPELLENT CELA « LIPAPOLA », « MAYPAY », « KISANOLA », C’EST AINSI QU’ILS SURVIVENT.
DANS LES COINS DES RUES AUX ANGLES SUSPECTS, DES GAMINES PERDUES AVEC UN LANGAGE QUE SEULS LES INITIES COMPRENNENT, VENDENT CE QU’ELLES ONT DE PLUS CHER. IL N Y A PAS DE PRIX FIXE, IL SUFFIT JUSTE DE PROPOSER POUR RECEVOIR LE SERVICE A L’ODEUR DE LA SUEUR DE CE COIN EQUATORIALE, D’OU TRÈS SOUVENT, SEULE LA PLUIE AIDE A EFFACER LES TRACES, AU RYTHME D’UNE DOUCHE.
ELLES SONT D’UNE VULGARITÉ QUI DONNE LA NAUSÉE, RIEN QU’EN ÉCOUTANT UNE DISCUSSION ENTRE ELLES.
C’EST LA VIE QU’ELLES MÈNENT TOUS LES JOURS, LEURS TRANCHES D’AGE ÉVOLUENT ENTRE LE 11 ANS ET 18 ANS, MAIS DANS LA GRANDE MAJORITÉ, ELLES SONT MINEURES.
PAS BESOIN DE SAVOIR SI ELLES ÉTUDIENT, C’EST LE RÊVE DU MUET « NDOTO YA BABA » ELLES DÉCLARENT AVEC DÉSINVOLTURE.
A CHAQUE INDIVIDU QU’ON INTERROGE, IL EN SORT TOUJOURS UNE HISTOIRE QUI DÉPASSE LE SURRÉALISME.
LES ENFANTS DE LA RUE A KINSHASA, SONT DU SURRÉALISME EN PUISSANCE ET EXPONENTIELLE DE MANIÈRE FARAMINEUSE.
LA PLUPART SONT ABANDONNES PAR LEURS PARENTS POUR DES RAISONS QUI NE PEUVENT SE COMPRENDRE.
POUR CERTAINS, ILS ONT ORPHELINS DE PÈRE OU DE MÈRE, OU DES DEUX, SINON ILS NE CONNAISSENT PAS LEURS PARENTS.
ILS SE SONT RÉFUGIES DANS LA RUE CAR C’EST LE SEUL ENDROIT QUI A PU COMPRENDRE LEUR SITUATION.
ILS N’ONT PLUS PEUR DE LA NUIT, ILS N’ONT PLUS FROID AUX YEUX, ET ILS NE CROIENT PLUS A DIEU, A PART LA LOGIQUE IMPLACABLE DE LA RUE C’EST A DIRE, « CHACUN POUR SOI, DIEU POUR TOUS ».
ILS S’ACCROCHENT A LA VIE, ET LA RUE LEUR OFFRE LES ANTI CORPS NÉCESSAIRES POUR COMBATTRE LA MALARIA, LA FIÈVRE TYPHOÏDE, CHOLÉRA, TUBERCULOSE…LA FAIM, DE MANIÈRE INEXPLICABLE.
UNE FORME DE RÉSISTANCE QUI SURPREND TOUS LES JOURS, MÊME SI DANS CE PAYS L’ESPÉRANCE DE VIE EST PASSÉE EN 30 ANS, DE 70 ANS A 35 ANS POUR LES CHANÇARDS.
ILS SONT DEVENUS CÉLÈBRES GRACE AUX MUSICIENS CON-GO-LAIDS, QUI ONT FAIT D’EUX LES SEIGNEURS DE LA RUE.
ON LES IDENTIFIENT PAR « CHEGUE », « PHASEUR », « MWANA IMBWA ».TOUT DÉPEND DE LA GENERATION, MAIS EN 30 ANS DE VIE AU KONGO, CES PERSONNAGES ONT EVOLUES AVEC LES LEADERS DE L’EPOQUE.
ILS CONNAISSENT TOUTES LES STARS DU PAYS, ET CES DERNIÈRES NE LES RATENT PAS LORSQU’ELLES SORTENT DANS LA RUE.
LEUR SLOGAN FÉTICHE EST « CHANCE ELOKO PAMBA », ET CELA RESTE LEUR SEULE FOI POUR SURVIVRE.
MAIS LORSQU’ON LES APPROCHE POUR DISCUTER SÉRIEUSEMENT, ON COMPREND VITE QUE MALGRÉ LES AGES QU’ILS ONT, CE SONT DES EXPÉRIMENTES DE LA VIE.
« LEADER, NGA NAZA BIANCO LUKUSA, PETIT MAIS COSTAUD » ME SUSURRE L’UNE D’ENTRE ELLE QUI ME VOULAIT, QUAND JE LUI FAIS REMARQUER QU’ELLE PEUT ETRE MA FILLE.
LA QUESTION DU GENRE NE SE POSE PLUS AVEC EUX., SEULE LA LOGIQUE DE LA RUE IMPORTE.
« GRAND PRÊTRE, NGA BA BENGANA NGAYI NA NDAKU PO PASTEUR YA MWASI YA PAPA ALOBAKI NAZA NDOKI » ME TÉMOIGNE L’AUTRE. « PRÉSIDENT, NGAYI PAPA NA NGAYI AZA STAR, MAIS ASUNDOLA NGAYI PO MAMAN AZWA ZEMI SANS QUE AYEBA ».
LA MAJORITÉ D’ENTRE EUX, SONT DES ENFANTS NON DÉSIRÉS.
APRES AVOIR BATAILLES AVEC LEURS PARENTS POUR RECEVOIR UNE VIE DÉCENTE OU JUSTE UNE RECONNAISSANCE, ILS ONT FINI PAR ABANDONNER EN SE RÉSOLVANT DE LA FATALITÉ POINTÉE EN FACE D’EUX PAR LEURS GÉNITEURS.
ME RAPPELANT ENCORE DE CELUI QUI M’A DIT QU »IL ÉTAIT LE FILS D’UNE STAR CONGOLAISE », QUAND J’AI VU LA FILLE DE L’AUTEUR DE « MABOKO PAMBA » SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX EN TRAIN DE TÉMOIGNER CONTRE SON PÈRE, UNE QUESTION S’EST INCRUSTÉE DANS MA TETE.
SI NOUS COMPARIONS L’ADN DE CES ENFANTS AUX GENS CÉLÈBRES DU CONGO, QU’ALLIONS NOUS DÉCOUVRIR?
JE NOUS INVITE A BIEN OBSERVER LES ENFANTS DE LA RUE A KINSHASA, ET NOUS REMARQUERONS QUE BEAUCOUP D’ENTRE EUX AFFICHENT UNE RESSEMBLANCE A CERTAINS LEADERS CON-GO-LAIDS.
CERTAINS RESSEMBLENT AUX MUSICIENS, D’AUTRES AUX POLITICIENS.
C’EST TELLEMENT FLAGRANT QUE L’IDEE DE PRÉLEVER L’ADN DE CES ENFANTS, ET DE COMPARER A CEUX DES POLITIQUES, MUSICIENS, ET LEADERS D’OPINION CONGOLAIS DEVIENT SCIENTIFIQUE.
JE SUIS SUR ET CERTAINS QUE BEAUCOUP RETROUVERONT LEURS PARENTS GRACE A LA SCIENCE.
MAKI YA NZAMBE!
IBOBO!
« Z »